Quartett

pièce d'Heiner Müller.

 

Le projet de monter cette pièce m'est venu à l'esprit après l'avoir vue en Avignon en 1997. La pièce était alors jouée par Jean Philippe Ecoffey et Hélène de Saint-Père et dirigée par Benoît Lavigne.

 

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Projet de décor (vue n°1)

L'HISTOIRE

 

Humiliée par le comte Gercourt, son ancien amant qui lui a préférée Cécile Volanges, la marquise de Merteuil donne mission au vicomte de Valmont de déflorer celle-ci avant la nuit de noce. Valmont accepte, bien qu'occupé à tenter de séduire la présidente Tourvel.

La prude présidente se méfie avec raison du libertin. Mais le rusé vicomte la convaincra tout de même de la pureté de ses sentiments, allant jusqu'a la dédaigner quand celle-ci est prête à se donner physiquement à lui.

Une partie de sa tache accomplie Valmont se tourne vers Volanges. Il n'a aucun mal à la corrompre, mais quand celle-ci est prête à devenir complètement dépravée, Valmont la tue impitoyablement.

Déshonorée, humiliée, trahie, la présidente se suicide sous le regard indifférent de Valmont. Merteuil empoisonne Valmont. Etant elle même condamnée, il ne lui reste plus qu'à attendre la mort dans la solitude.

«A présent nous sommes seuls cancer mon amour.» (Merteuil)

 

LA PIECE

 

Dans la pièce originale on ne voit que Valmont et Merteuil. J'ai pensé que pour proposer une pièce à un groupe d'étudiants c'était un peu léger, j'ai donc tenté de réintroduire les personnages cités dans la pièce mais non présents dont Valmont et Merteuil s'amusent à jouer les rôles. Dans mon adaptation Valmont seul rejout pour Merteuil assise dans le public ses exploit amoureux, ses partenaires sexuels (et victimes) devenant ses partenaires de théâtre.

«Alors quoi. Continuons à jouer.»

«J'espère que mon jeu ne vous a pas ennuyée. Ce serait à vrai dire impardonnable.» (Valmont)

 

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Projet de décor (vue n°2)
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Projet de décor (vue n°3)

LE DECOR

 

Le décor que j'envisage se réfère au seul élément indiqué par le texte. Quand Tourvel se suicide, Valmont fait installer des miroirs afin qu'elle puisse se voir mourir. Le miroir étant l'instrument de la vanité l'objet est idéal pour cerner l'espace de jeu des comédiens, il interdit de se cacher et de tourner le dos au public et aux autres personnages. Les acteurs peuvent aussi se parler à eux-même et jouer l'introspection. Pour la mise en scène je pensais que l'idéal aurait été de disposer de deux grands miroirs mobiles qu'on pourrait configurer suivant les moments de la pièce. J'ai vu le C.N.D.C. avec ce genre d'accessoire, c'est d'ailleurs en les voyant que j'ai eu mes premières idées de mise en scène. Finalement nous avont construit une structure en altuglass fixée sur des portant à vêtement

«J'ai fait installer des miroirs pour que vous puissiez mourir au pluriel.» (Valmont)

«Un peu de jeunesse dans votre lit, puisque le miroir ne vous en renvoie plus.» (Merteuil)

«Pensez-vous parfois à la mort, Marquise. Que dit votre miroir. C'est toujours l'autre qui nous y regarde. C'est lui que nous cherchons quand nous creusons à travers les corps étrangers, nous quittant nous-mêmes.» (Valmont)

 

LA MISE EN SCENE

 

Quand on lit la pièce il est peu aisé d'imaginer une mise en scène tellement le texte est extrême. Les personnages ont un langage cru proche de la pornographie et le comportement violent des «bêtes sauvages». Leurs conversations et leurs actes tournent autour de la sexualité comme échappatoire à la mort et à la décrépitude. Mes choix de mise en scène paraissent évidents à mes yeux mais me semblent également difficiles à appliquer. Il y a en effet des scènes très dures comme le dépucelage sauvage de Cécile Volanges, son meurtre ou le suicide de la présidente, tous ses évènements ayant lieu sur scène.

Or mes intentions ne sont pas d'atténuer le sens ou d'édulcorer la mise en scène, je veux respecter l'esprit de la pièce et retranscrire sur scène la bestialité du texte. La mise en scène est ouvertement érotique. Ma direction d'acteur est très portée sur le contact physique, il ne faut pas que les comédiens soient timides: ils doivent suggérer l'acte sexuel, doivent se bagarrer sur scène; il ne faut pas avoir peur de dire des gros mots. J'ai donc demandé 4 comédiens, 1 glaçon et 3 quilles. Le bureau m'avais proposé de m'adjoindre quelqu'un pour le travail des comédiens, j'ai reçue l'inestimable aide de Béatrice Poitevin, 1000 fois merci à elle.

«Quel ennui que la bestialité de notre conversation. Chaque mot ouvre une blessure, chaque sourire dévoile une canine. Nous devrions faire jouer nos rôles par des tigres. Encore une morsure, encore un coup de griffe ? L'art dramatique des bêtes féroces.» (Valmont)

 

Introduction (1/40)

Monologue de Merteuil, face au public, elle se masturbe et simule l'orgasme. Les miroirs sont derrière elle, parallèles au public. La lumière salle n'est pas éteinte donc les spectateurs se voient dans le miroir. Ajoutons à cela la promiscuité, Merteuil sera assise au pied du premier rang. Je veux que le spectateur soit confronté aux instincts de voyeur qu'on a tous en nous mais avec l'impossibilité de se cacher derrière un trou de serrure, une paire de jumelle, un ordinateur, etc... Adieu l'anonymat et l'impunité. (Noir).

Première partie (41/133)

Entrée de Valmont, tel une apparition macabre, cape noir et masque il fait penser à l'image de la mort incarnée. Merteuil lui préparait un cocktail. En fait quand elle entend Valmont arriver elle crache dans le verre avant de lui offrir. Comme c'est le verre de vin qui l'empoisonnera, jaime bien l'idée que le crachat de Merteuil soit un peu le venin fatal à Valmont, réminissance du péché originel. Les miroirs sont placés erpendiculairement l'un à l'autre. Merteuil était jusqu'alors en tenue de nuit, elle se change sur scène tout en parlant à Valmont. Elle ne cesse de l'agicher tout le long de la scène, puis va s'asseoir avec les spectateurs pour assister a la deuxième partie.

Deuxième partie (134/347)

La scène de séduction de la présidente. C'est une femme parfaitement statique et posée tant qu'elle résiste à Valmont mais à mesure qu'elle cède elle s'agite et hausse la voix. Quand elle se dévêt pour s'offrir à lui il se retire. (Noir progressif)

Interlude (348/350)

Merteuil et Valmont font ou viennent de faire l'amour. (Noir progressif)

Troisième partie (351/475)

Valmont "entreprend" Cécile. Tout en la pelotant il lui lie les mains et lui bande les yeux. Les yeux bandés c'est un reste de la mise en scène d'Avignon, c'est le seul emprunt que je ferait. Le "bondage" est un moyen de mettre Cécile en position de vulnérabilité, c'est aussi un code érotique puissant, enfin cela me fournit une arme du crime. Valmont se fait faire une fellation, puis la dépucelle, et enfin la sodomise. Il l'étrangle enfin avec son bandeau. Le danger avec cette scène était de tomber dans l'outrance ou dans le ridicule. Il fallu bétonner le jeu des comédiens, tenter plusieurs pistes qui vont de la simulation pure et simple à la suggestion intégrale. Avec les comédiens nous avons finalement opté pour la solution "hard" mais leur jeu décalé à permis de dégoupiller la situation.

Quatrième partie (476/544)

Voilà le gros morceau de la pièce étant donné que c'est le bouquet final, il fit l'objet de toute mon attention. Valmont fait pivoter les miroirs, derrière il y a Tourvel. Debout et immobile, elle ne bougera pas. Je voulais qu'au moment de mourir elle ait l'air d'une statue antique, icône fragile et vulnérable. Elle est torse nu, ses vêtements sur la taille, ses bras cachent sa poitrine, ses cheveux et son maquillage explosés, elle a les yeux hagard. La douche sur elle. Dernier détail enfin pour être dans un registre macabre elle est dégoulinante de sang. A un moment Valmont lui propose un verre de vin, pour toute réponse elle lui crache à la gueule. Finalement ils meurent tout les deux. Merteuil s'empart des atours de Valmont, elle a maintenant l'apparence mortifère qu'il avait au début, la pièce peut s'achever.

 

LA TECHNIQUE

 

Ma qualité d'étudiant aux beaux-arts m'a permit d'apprendre à composer avec la lumière et la couleur. Le cas échéant je suis parfaitement compétent pour manipuler le jeu d'orgue, mais en tant que metteur en scène je pense évidemment que ma place est ailleurs. Virginie, une étudiante des beaux-arts (que je ne connaissait pas) s'est occupé des lumières.

Pour les costumes, ils sont un élément évidemment prépondérent dans la démarche de ma mise en scène. Je tiens à préciser tout de suite que pour moi l'érotisme ce n'est pas de la lingerie et de la dentelle. J'ai cherché les costumes les plus sobres, près du corps, avec des ouvertures amples (notement pour merteuil qui est quand même plus expansive que les autres). Tourvel, c'est la blancheur immaculée. Volange, la scène entière de son depucelage est une métaphore du petit chaperon rouge, elle est donc vétue en conséquence.

 

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Projet de décor (vue n°4)

LE BONHOMME

 

Bah, moi c'est Mickey. J'ai découvert l'envers du décor du théâtre au lycée ou j'ai été le régisseur de l'atelier théâtre. Depuis plusieurs année je voulais me lancer dans la mise en scène mais attendais te de trouver LE texte qui convenait à ma conception du théâtre et me permettrais de donner la pleine mesure de moi même.

 

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